Réflexion historique : Histoire et mémoire entre unions et discordes

Intérieur du Panthéon à Paris, tombeau des grands hommes de l’Histoire de France : Un exemple de lieu de mémoire.
Intérieur du Panthéon à Paris, tombeau des grands hommes de l’Histoire de France : Un exemple de lieu de mémoire.

Introduction: De l’actualité aux débats des historiens

 

Le choix d’un tel sujet pour faire la couverture du premier numéro du Journal de Kléio, pourrait surprendre, inquiéter, voir même agacer certains de nos lecteurs. Ces réactions sont généralement exprimées quand on parle aujourd’hui des questions de mémoires, synonymes de souffrances passées et de revendications contemporaines. De sorte que ces mémoires, rappelant de façon émotive les plus sombres épisodes du passé, semblent aujourd’hui peser d’un lourd poids sur les consciences. Il est vrai que les lieux de mémoire (1), les repentances officielles (2), les lois mémorielles (3), les devoirs de mémoire et les commémorations, semblent aujourd’hui s’amonceler jusqu’à l’écoeurement de certains (4). Certains historiens se sont ainsi positionné contre ce nouveau phénomène (5), tandis que d’autres s’en sont emparé, notamment dans lecadre d’études sur l’Histoire de la Mémoire (6). C’est l’avis même d’une étude collégiale réunissant vingt cinq chercheurs spécialistes de l’histoire contemporaine française : « L’opposition entre histoire et mémoire est devenue un des paradigmes majeurs dudébat intellectuel actuel » (7). Au centre de cette opposition (que ce soit entre historiens ou à l’encontre des initiatives de l’Etat concernant les lois mémorielles) se trouve un débat fort intéressant pour les étudiants passionnés d’Histoire. A quand remonte cette volonté de garder enmémoire les événements du passé ? Qu’est-ce qui distingue Histoire et Mémoire ?Quelles furent leur importance au fil des siècles ? Et pourquoi les questions de mémoire prennent-elles autant d’importance de nos jours ?

 

L’objectif de ce travail n’est pas de faire état d’une préférence quelconque entre les opposants farouches à l’usage des thématiques mémorielles en Histoire et ceux qui décidèrent de les utiliser dansleurs thématiques de recherche. Ce journal n’étant ni la tribune d’une des sensibilités de la recherche historique, ni d’une période historique donnée, je me restreindrai consciencieusement à contextualiser ce débat dans le cadre des évolutions de ces deux notions, illustrant par là même mon propos d’une vulgarisation minutieuse des recherches d’historiens de toutes spécialités. En effet, pour bien comprendre ce débat au coeur de l’actualité historique des dernières années, un retour en arrière sur l’Histoire de ces deux termes s’impose. Fort heureusement pour nous, ces termes d’Histoire et de Mémoire se retrouvent dans l’ensemble d’un vaste corpus allant de la Grèce Antique aux travaux des historiens récents. Ce qui nous permettra d’analyser conjointement leurs évolutions générales avantde nous intéresser plus particulièrement au contexte de développement du débat qui nous intéresse, puis enfin de conclure sur ce qui oppose et unit « Histoire » et « Mémoire ».


Hérodote, le Père de l'Histoire ou de la mémoire ?
Hérodote, le Père de l'Histoire ou de la mémoire ?

1) Synthèse des notions historiques et mémorielles de l'Antiquité à l'époque contemporaine

 

1. a. Quand l’Histoire naissante sert à entretenir une certaine Mémoire

 

Au IVe siècle av J-C, Hérodote, qualifié des siècles plus tard de « Père del’Histoire » par l’homme politique romain Cicéron (8), introduit son Historíade la façon suivante : « En présentant au public ces recherches, Hérodote d'Halicarnassese propose de préserver de l'oubli les actions des hommes, decélébrer les grandes et merveilleuses actions des Grecs et des Barbares, et, indépendamment de toutes ces choses, de développer les motifs qui les portèrent à se faire la guerre » (9). Si ce titre Historía peut être traduit par le terme « enquête » ou par celui d’« Histoire », on voit bien que le principal souci de l’auteur est de sauver de l’oubli les événements qu’il souhaite que les siens gardent en mémoire : les exploits des hommes et les causes de la guerre. Hérodote tire alors un trait d’union entre la recherche des causes, propres à l’enquête historique, et la glorification defaits individuels, aptes à rester dans la mémoire des hommes. C’est d’ailleurs à cause de ses récits anecdotiques et plaisants, se rapprochant davantage de l’étude ethnologique que de l’écriture historique, que les historiens considèrent davantage son élève Thucydide et son Histoire de la guerre du Péloponnèse (10) comme le véritable « père de l’Histoire ». Un titre à relativiser selon Nicole Loraux (11) puisqu’à part les enseignements qu’ils nous ont laissés, les façons de penser et d’écrire l’Histoire des auteurs antiques diffèrent énormément des nôtres. Ce décalage s’explique en partie par la place majeure de la culture orale dans les rapports intellectuels (culture de l’éloquence, de la rhétorique …), ce qui renvoyait inévitablement les individus de cette époque à l’usage de la mémoire comme limite à leur compréhension et à leurs connaissances. Ainsi, au cours de l’Antiquité romaine, Cicéron définissait-il l’Histoire comme « une action éloignée de la mémoire de notre génération » (12), démontrant ainsi l’importante place attribuée aux historiens antiques comme garants de la sauvegarde de la mémoire collective et, par là-même, de l’identité des citoyens.


Tacite ou l'Histoire contre la Mémoire officielle et imposée ?
Tacite ou l'Histoire contre la Mémoire officielle et imposée ?

C’est avec Salluste et Tacite que s’illustra cette volonté d’inscrire la mémoire des temps troublés de la fin de la République romaine,des portraits tranchés de la Conjuration de Catilina (13) au pessimisme de l’Historiae (14). Chez ces historiens se développèrent des thématiques primordiales de l’Histoire etde la mémoire : d’abord le « memoria nostri » (15), (« le souvenir que nouslaisserons »), cher à Salluste, qui implique l’immortalité des grands hommes maisaussi de l’historien lui-même par le biais de son oeuvre ; mais aussi le rôlemémoriel et politiquement engagé du travail d’historien, cher à Tacite, fuyantalors la tyrannie de Domitien : « Nous aurions également perdu la mémoire même avec la voix, s’il étaitautant en notre pouvoir d’oublier que de nous taire » (16). Ici, le travail de mémoire et d’enquête de l’historien contre un oubli imposé par lespouvoirs politiques, font de Tacite un historien engagé cherchant à utiliser l’Histoirecomme une arme lui servant à attaquer la mémoire imposée et régie par l’autoritépolitique du Principat.

 

1. b. Lorsque La mémoire se confond avec l’Histoire

 

L’étude de ces différents auteurs, nous permet ainsi de nous familiariser avec les évolutions de l’écriture de l’Histoire (nommée historiographie), et ainsi de déterminer que les notions d'« Histoire » et de « Mémoire » n’ont pas toujours été des termes opposés, mais ont même été considérées pendant des siècles, comme faisant partie d’un seul et même objectif. Ainsi, lorsque l’historien antique narrait les faits passés, celui-ci sauvegardait également les hauts faits (mythes ou réels) des anciennes générations,participant à la perpétuation de la mémoire collective et individuelle. Ces personnages et l’historien antique acquéraient ainsi une sorte de postérité qui faisait de ce dernier un acteur politique et mémoriel important. Ces considérations associant « mémoire » et « postérité » des acteurs principaux de l’Histoire et de leurs serviteurs, eurent tendance à se prolonger au-delà de l’Antiquité, au cours de la période médiévale (17). De sorte que, lorsque le médiéviste Bernard Guenéeprésenta le fruit de ses recherches sur les introductions de cinquante chroniques médiévales du VIe au XIIIe siècle, il annonça : « Les rapports de l'histoire et de la mémoire, voilà, pendant des siècles, le lieu commun fondamental des préfaces historiques médiévales » (18). Cette déclaration s’appuyait d’ailleurs sur une analyse précise des différences et des ressemblances entreles écrits historiques des intellectuels médiévaux et antiques. La première différence est bien entendue liéeà une différence de statut social et de croyances. De ce fait, si la majeure partie des auteurs de l’Antiquité faisait partie de la classe politique, les auteurs médiévaux appartenaient presqu’en totalité au clergé (dont une grande partie étaient moines). Ainsi l’avènement de la nouvelle morale chrétienne atténua considérablement la quête de renommée de ces auteurs chrétiens ayant fait voeu de rester humbles (19), au point que certaines chroniques demeurent encore aujourd’hui anonymes.


Chilpéric face à Grégoire de Tours
Chilpéric face à Grégoire de Tours

Toutefois, comme le latin restait le langage à part entière du clergé et des élites, des textes de l’Antiquité continuèrent à être connus, recopiés et inspiraient les auteurs médiévaux. Par exemple, les écrits de Salluste transmirent aux intellectuels chrétiens le goût d’écrire « le récit des événements dignes de mémoire » et surtout la vie des hommes « memorie digni ». Toutefois que ces humbles auteurs ne cherchent à mettre leurs mémoires en avant, préférant que ce soient celles des saints ou du monarque qui soient célébrées (20). L’historien, lorsqu’il est proche du pouvoir, se fait alors un devoir de retracer la vie de son illustre monarque, quitte à la romancer quelque peu (21). L’écriture historique répond également à un besoin important des écrivains eux-mêmes : celle de sauver de l’oubli des hommes, les actions mémorables des monarques et des saints depuis la création biblique, promouvant ainsi les volontés de Dieu. S’en dégagent alors des récits, aux sujets peu innovants pendant une longue période du Moyen Âge, de l’Histoire des Francs de Grégoire de Tours (22) (mélangeant le récit des actes des saints avec ceux de la dynastie mérovingienne) du VIe siècle à la Chronica sive Historia de duabus civitatibus d’Otton de Freising (23) au XIe siècle, qui reprend pour le Saint-Empire le thème des deux cités (l’une éternelle, l’autre humaine) développé par Augustin d’Hippone au IVe siècle dans la Cité de Dieu contre les païens (24). A partir des XIIe et XIIIe siècles, le développement des universités et des écoles engage l’écriture historique vers des formes plus complexes que la simple chronique, mise à jour de siècle en siècle. Ainsi, le De rebus Hispaniae de Rodrigo Jiménez de Rada (25) décrit l’ensemble des territoires d’Espagne et leurs populations, des origines au XIIIe siècle, qu’ils soient chrétiens ou maures.

 

1. c. De l’Histoire fondatrice et critique à la mémoire dénonciatrice

 

Les évolutions des conceptions historiques et mémorielles s’inscrivent dès la fin du Moyen Âge, puis à la Renaissance, dans une structuration de plus en plus importante des royaumes d’Europe. A partir du XIVe siècle, la conservation de la mémoire grâce aux chroniques historiques permit à des juristes spécialisés d’interpréter ce qui avait été fait en cas de mésententes au sujet des successions royales ; leurs conclusions, une fois utilisées, s’inscrivaient alors dans les lois fondamentales du royaume (26). Ce recours à des spécialistes et la mise en place au XIIIe siècle de parlements réunissant les trois états (la noblesse, le clergé et les représentants du peuple) permirent d’ajouter les principes de masculinité et de filiation à ces lois fondamentales, empêchant ainsi Edouard III roi d'Angleterre d’accéder au trône. On voit bien alors cette dernière décision des parlementaires, nous dit l’historien Elie Barnavi, « (…) le sentiment obscur que le royaume est davantage qu'une simple seigneurie, mais bien lepatrimoine commun de la nation (…) » (27).


Machiavel et l'usage de l'Histoire au service des Princes
Machiavel et l'usage de l'Histoire au service des Princes

Cette impression fut étayée par les travaux d’intellectuels comme Etienne Pasquier et ses Recherches de la France (28) où il cherche dans l’Histoire préchrétienne une unité du pays (alors que celui-ci est divisé entre catholiques et protestants). Il souhaitait également démontrer que ces premières monarchies avaient été exemplaires, non pas à la force ou aux qualités personnelles de leurs rois, mais avant tout grâce à la grande variété de leurs conseillers. La différence essentielle entre les rois médiévaux et ceux de la Renaissance tient à  la multiplication de leurs conseillers (nobles ou non), attachés au service des rois et des princes. De la noblesse dite « de robe » (noblesse administrative) aux bourgeois érudits en droit (Jean Bodin), en passant par les conseillers (Machiavel), ces hommes instruits influencèrent grandement leurs époques, en partie grâce à leurs recherches historiques : Machiavel étudia la République romaine (29), Jean Bodin enseigna le droit romain (30).

 

Dès lors ces penseurs s’inspirant de l’Histoire, influencèrent leurs protecteurs et leurs politiques à l’aide d’une sagesse antique remémorée et réadaptée. Ainsi au XVIe, Machiavel à Florence et Jean Bodin en France apportèrent grâce à leurs connaissances historiques, des théories et des conseils avisés aux élites aristocratiques de leurs pays, leurs permettant de gouverner de façon absolue tout en conservant un certain respect aux lois et aux traditions. Toutefois, la « redécouverte » de l’Histoire tout d’abord au service des despotes éclairés, facilita le développement d’une bourgeoisie lettrée et de son esprit critique, notamment dans un XVIIIe siècle surnommé pour cela : le siècle des Lumières.

 

En effet, à une époque où se développait une culture artistique fortement soumise à la censure royale, certains intellectuels usèrent des romans et des études historiques comme moyens détournés pour critiquer leurs monarques, comme Fénelon et ses Aventures de Télémaque (31), Voltaire et le Siècle de Louis XIV (32) ou Edward Gibbon et son Histoire du déclin et de la chute de l’Empire romain (33). Des études sur la Rome antique à l’Histoire récente, les études historiques ont à cette époque des limites bien repérables : notamment celle de constituer d’abord une critique du présent par le biais de l’étude de faits passés. L’autre moyen d’échapper à la censure était de faire publier dans des pays plus libéraux (comme la Hollande) le fruit de réflexions trop virulentes envers le régime en place.

 

Ce fut le cas par exemple d’Henri de Boulainvilliers qui publia à Amsterdam sa théorie contre l’absolutiste, qui selon lui fragilisait la noblesse tout entière par son ouverture à la noblesse de robeet aux roturiers des Parlements. Sa préférence allait à un système féodal soutenu par les anciennes familles nobles, qui en raison de leurs qualités de descendants des conquérants francs devaient être considérés comme les égales du monarque (34). Ces critiques du système absolutiste concoururent à la fragilisation de ces régimes qui connurent aux XVIIIe siècle deux importantes remises en cause : tout d’abord la guerre d’indépendance américaine qui contesta le pouvoir la monarchie parlementaire anglaise, puis la Révolution française qui opéra une véritable rupture idéologique, devenant ainsi un objet historique et mémoriel prédominant.


François Auguste Mignet, historien en quête de vérité ou au service de la conscience des libéraux ?
François Auguste Mignet, historien en quête de vérité ou au service de la conscience des libéraux ?

1. D. De La dissociation entre une Histoire en quête de vérité et Les mémoires des héros et des souffrances : la France et ses Révolutions

 

Toutefois cette événement marqua différemment les mémoires des et constitua un véritable défis pour les historiens, poussant ces deux notions à se dissocier au XIXe siècle selon les deux définitions que nous connaissons aujourd’hui : une Histoire enquête de vérité et de classifications scientifiques des évolutions humaines, et des mémoires chargées d’affects servant à commémorer ou à dénoncer les affres du passé. La mémoire révolutionnaire passa tout d’abord par une phénoménale captation des événements au jour le jour, atomisant le lectorat autour d’opinions ou de personnalités politiques, comme dans l’Ami du peuple de Marat (35). Dès 1890, une synthèse mémorielle fut tentée par un dénommé Faulcon dans son Pot-Pourri national ou matériaux pour servir à l'Histoire de la Révolution par un ami de la Liberté. Cet ouvrage révèle une volonté des témoins de transmettre une synthèse utile pour les historiens futurs. Pour faciliter la compréhension des événements et des doctrines, une personnification s’opère de sorte que dès 1791, Rivarol et Mirabeau publient Les Grands hommes du Jour (36). Toutefois les premiers exemples d’essais historiques et mémoriels furent écrits par des opposants étrangers comme le britannique Edmund Burke et ses Reflections on the Revolution in France (37), en 1790, suivi par les récits des exilés monarchistes comme l'abbé Barruel et son Mémoire pour servir à l'Histoire des Jacobins (38). Cependant la complexité des événements, leur caractère soudain ainsi que la multitude des opinions et des témoignages, expliquent engrande partie les difficultés qu’eurent des historiens à proposer un récit cohérent et non militant, inscrit dans une chronologie (39). Cette difficulté d’élaboration s’aggrava sous Napoléon Ier qui souhaitait apparaitre comme le continuateur de la révolution française et le réunificateur du pays. Après ces quelques décennies d’oublis, la Restauration fut un premier moment d’élaboration de l’histoire libérale et de la contre mémoire de la Révolution française, voir par exemple les Mémoires de la marquise de La Rochejaquelein abordant les évènements de la guerre de Vendée (40). Cette période fut marquée par une opposition libérale forte qui s’inscrivit également dans les recherches historiques de François Auguste Mignet (41). En effet celui-ci sépara la révolution libérale et de la révolution des jacobins, ce qui permit aux libéraux de se dédouaner des excès de la Terreur révolutionnaire. Toutefois la révolution de 1830 allait complexifier les rapports entre Histoire et mémoires puisque les mouvements ouvriers et républicains se sentirent trahis par l’instauration de la Monarchie de Juillet, amenant certains historiens républicains, tel Jules Michelet (42) à s’opposer à la vision historique des libéraux, comme Adolphe Thiers (43). Au niveau des mémoires, s’opposèrent alors tout au long du régime la propagande d’unité de Louis-Philippe et les banquets républicains (44), les grèves et les révoltes des ouvriers (la révolte des Canuts) ou des révolutionnaires organisés en clubs comme en 1789.


Prospère Olivier Lissagaray, témoin et historien de la Commune de Paris
Prospère Olivier Lissagaray, témoin et historien de la Commune de Paris

De plus à l’aube de la révolution de 1848, les mémoires collectives de milieux d’oppositions politiques divers (républicains, radicaux, socialistes, communistes pré-marxistes …) s’élaborèrent, ces derniers illustrant leurs propos par des exemples historiques, mémorielles ou des théories d’histoire universelle.

 

Suite aux affrontements de 1848, s’instaura une IIIe République qui fit rapidement place à une répressionforte liée à l’élection de Louis Napoléon Bonaparte, futur empereur du Second Empire (45). Un nouveau régime impérial fut fondé sur la mémoire du passé glorieux du Premier Empire, puis après neuf années d’autoritarisme, il prit des allures plus libérales et diminua la censure, ce qui permit un renouveau des circulations des idées et des mémoires. Ce vent de liberté restait relatif puisque les diverses tentatives d’établir une section de l’Internationale ouvrière furent réprimée, et que les ouvrages mémorielles prorévolutionnaires comme Les Hébertistes de Gustave Tridon durent être imprimés à l’étranger (46).

 

Avec la chute du Second Empire, la proclamation de la IIIe République, ouvrit de nouvelles constructions historiques et mémorielles, notamment via l’épisode de la Commune de Paris. Si cette insurrection hérita de certains mécanismes historiques et mémoriels des révolutions antérieures, elle se distingua par la conscience de cet héritage et de ces notions, ce qui permit aux témoins des événements de participer activement aux controverses historiques et mémorielles dont ils furent l’objet de leurs vivants.

 

En effet si on retrouve dans le thème même de « Commune de Paris », un rappel direct à la Commune insurrectionnelle de 1792, l’influence des révolutions du XIXe siècle reste également visible lors de cette insurrection, notamment par le biais de l’influence et de la présence d’hommes les ayant vécus. On peut par exemple citer le poids idéologique important du révolutionnaire de 1830, Auguste Blanqui (47), qui bien qu’arrêté avant l’insurrection, demeura plus influent à cette époque que le Karl Marx d’une Internationale ouvrière méconnue en France. On peut aussi, grâce aux travaux statistiques de Jacques Rougerie dans son Procès des Communards (48), définir qu’une importante partie des insurgés ont vécus la révolution de 1848 (comme Charles Delescluze).

 

Mais outre ces révolutionnaires aguerris, les usages de la mémoire dans les journaux révolutionnaires furent fréquents comme le prouve le succès d’une figure héritée de la période révolutionnaire, sous les traits du Fils du Père Duchesne de Maxime Vuillaume (49). Après la répression de la Commune, se développa une littérature très critique et prétendument biographique comme le Piloris des Communeux d’Henri Morel (50), historiographique comme l’ouvrage de l’Abbé Huot Catilina et la Commune (51), ou même d’enquêtes comme les Convulsions de Paris de Maxime Du Camps (52). De plus, à la différence des révolutions antérieures, lescommunards exilés exprimèrent par le biais de leurs mémoires, comme Jules Andrieu dans ses Notes pour servir à l’histoire de la Commune (53), une volonté de combattre les mensonges et les exagérations des écrivains anti-communards, mais aussi de faire le bilan honnête des erreurs et des défauts de la Commune, comme le précisa le communard Lissagaray dans son Histoire de la Commune de Paris : « Celui qui fait au peuple de fausses légendes révolutionnaires, celui qui l’amuse d’histoires chantantes est aussi criminel que le géographe qui dresserait des cartes menteuses pour lesnavigateurs. » (54).


Michelet, un historien lyrique ou un penseur romantique ?
Michelet, un historien lyrique ou un penseur romantique ?

Dans le même temps, les républicains après avoir gagnés la majorité à l’Assemblée Nationale face aux royalistes, réussirent en 1880 à faire voter l’amnistie des communards. Cette période de réhabilitation amena une réflexion sur un autre problème qui depuis la répression de la Commune ne cessait de croître : celui de la commémoration aux morts de cet événement, qui depuis la Semaine sanglante se faisant officieusement au mur des fédérés. Il fallut attendre 1908, pour qu’un lieu de mémoire y soit finalement érigé. Cette dernière reconnaissance en faveur de la mémoire de la Commune de Paris s’accompagna, au cours du XXe siècle, d’une montée en puissance d’une « légende rouge », tout aussi déformante. Surtout après la révolution russe d’octobre 1917, puisque Lénine (55) se référençait en partie à l’expérience de la Commune. Ainsi à partir de la pensée influente de Marx puis de Lénine, et malgré la volonté de certains de la considérer dans son ensemble, la Révolution française fut longtemps considérée commeune insurrection bourgeoise et la Commune de Paris comme une ancêtre vaincue de la révolution d’Octobre. Ainsi comme nous l’avons vu de l’Antiquité à la fin du XIXe siècle, l’écriture historique et les pratiques mémorielles ne furent pas toujours opposées, mais participèrent l’un et l’autre à développer l’intérêt de nos aïeuls pour notre passé.

 

2) De l’influence des évènements de l’époque contemporaine sur l’actuel débat entre Histoire et Mémoire

 

2. a. L’utilisation des mémoires et de l’Histoire par l’Etat républicain et par l’opinion publique

 

A partir de la IIIe République, de la fin du XIXe siècle à nos jours, l’Etat joua un rôle de plus en plus prédominant dans l’ensemble de la société française : du développement des écoles aux aides d’un état providence, la République et son administration semblent encadrer la vie de ces citoyens, notamment au niveau des constructions historiques et mémorielles. Cette institutionnalisation de l’Histoire et de la mémoire fut notamment étudiée par Pierre Nora dans ses Lieux de mémoire (56). Dès lors l’Etat se fit l’acteur privilégié d’une construction historique et mémorielle française officielle faite surmesure à sa gloire. En effet l’Etat républicain s’évertua, dès la fin du XIXe siècle, à renforcer l’unité nationale, par différends biais. L’outil privilégié de la IIIe République fut l’éducation, comme le prouve les importantes réformes de Jules Ferry rendant l’école publique gratuite et obligatoire dans l’ensemble du pays. Dès lors les manuels scolaires, notamment historiques, réunis l’ensemble des thèses privilégiées de la République, dans le but de créer une histoire et une mémoire républicaine, commune à l’ensemble de ses citoyens. Ainsi l’Etat républicain usa d’une importante vulgarisation des recherches historiques, déformant les ouvrages d’historiens républicains célèbres comme l’Histoire de France de Michelet en axiomes célèbres, simples à retenir mais quelque peu caricaturales à l’image du célèbre « nos ancêtre les gaulois » (57).


Des clichés racistes au passage par une Lorraine encore française après 1871. Le tour de France par deux enfants ut l'un des manuels scolaire les plus lus de la IIIe République
Des clichés racistes au passage par une Lorraine encore française après 1871. Le tour de France par deux enfants ut l'un des manuels scolaire les plus lus de la IIIe République

Toutefois à l’aube du XXe siècle, cet usage de l’éducation comme principal moyen de création d’une Histoire et d’une mémoire commune ne fut pas toujours pleinement maitrisé, puisque ces cours furent également utilisées pour des raisons plus martiales.

 

Ainsi à la suite de la défaite française de 1871, dans une société française divisée entre un bellicisme revanchard et un pacifisme apeuré, ce débat politique rejaillit sur l’école par le biais de certains manuels, comme dans Le tour de France par deux enfants d’Augustine Fouillée, qui se positionne pour la reconquête de l’Alsace et la Lorraine (58). Une opinion qui se verra amplifier notamment par la popularité de la figure revancharde du général Boulanger (59). L’autre moyen mémoriel utilisé par l’Etat, étaient profondément ancré dans une longue tradition : celle de la commémoration de la mémoire des grands hommes, qui comme nous l’avons vu existait dès Hérodote. Dans ce cadre, cette façon de concevoir l’Histoire et la mémoire s’illustra parfaitement dans les manuels scolaires si chers à la IIIe République, mais aussi dans l’organisation des premiers lieux de mémoire, qui empruntèrent beaucoup de ces codes (et même ces bâtiments) à l’Eglise.

 

Certains lieux, comme l’église Sainte Geneviève avaient déjà un long passé commémoratif puisqu’elle avait déjà servie par deux fois de Panthéon (durant la Révolution française et le Premier Empire) accueillant des personnalités illustres avantd’être reconvertie en église sous la Restauration. Malgré sa seconde transformation sous la Monarchie de Juillet, l’édifice n’accueillit plus aucune dépouille (sauf celle de son architecte) avant celle de Victor Hugo en 1885. L’Histoire du Panthéon de Paris et de ces inhumations, notamment développée dans Les lieux de mémoire par la philosophe et historienne Mona Ozouf, nous éclaire vis-à-vis des rapports que ce culte mémoriel entretient avec l’Etat selon son actualité politique.

 

Cependant, certains événements, par leurs importances ou leurs soudaines apparitions dans l’opinion publique, échappèrent au contrôle de l’Etat, créant d’autres mémoires et d’autres travaux historiques écornant quelque peu son image. Ce fut le cas pour la Commune de Paris (dont la mémoire rappelait les crimes des débuts de la IIIe République), ce fut également le cas pour l’affaire Dreyfus. Pour l’historien Vincent Duclert, l’exemple de l’affaire Dreyfus permet de faire un « voyage au coeur de la République » au sein d’un débat mémoriel eth istorique qui parcourut l’ensemble du XXe siècle (60).

 

En effet, dans le cadre d’une France préparant sa revanche face à l’Allemagne, l’armée française de 1898, fit condamner au bagne un jeune capitaine d’artillerie (d’origine alsacienne et juive) nommé Dreyfus, accusé d’avoir transmis des informations outre-Rhin. Cette accusation, ne semblant n’être fondée que sur des informations douteuses, embrase de nombreux membres de la presse républicaine (dont Zola et son fameux article « J’accuse » (61). Face au camp républicain, s’organise un camp nationaliste anti germaniste et antisémite (notamment la ligue monarchiste et nationaliste de l’Action Française de Charles Maurras fondée en 1898), très présent dans l’armée et mêlé à des violentes émeutes antisémites (62). L’opposition virulente de ces deux camps, suivant et pesant sur les décisions judiciaires, mit en péril l’image et l’unité du pays de 1894 à 1906. Cette période vit également les débuts d’un autre effet de la mémoire de la guerre de 1870 sur la politique revancharde de l’état français.


"Que maudite soit la guerre". L'exemple du message pacifiste de la ville de Gentioux
"Que maudite soit la guerre". L'exemple du message pacifiste de la ville de Gentioux

En effet alors que les nations d’Europe ratifièrent entre elles de nombreuses alliances militaires, la mémoire de la guerre franco-prussienne poussa la France à développer une importante politique d’alliances (avec les Russes et avec l’Angleterre) contre l’Allemagne.

 

Ainsi, quand eut lieu l’attentat de Sarajevo, éclata une crise diplomatique qui amena par le jeu des alliances, à une guerre à l’échelle de l’Europe entière et de leurs colonies. Cette guerre d’une envergure et d’une intensité inédite mobilisa l’ensemble de la société française du front combattant à l’arrière devant produire les ressources nécessaires au maintien des lignes. Dans ce cadre, se développa de multiples campagnes de propagandes, touchant les enfants adoptant symboliquement un soldat ou s’adressant plus particulièrement aux patriotes pouvant faire don de leurs or au court des emprunts nationaux. Ces affiches, célébrant le courage et le sacrifice du combattant français, représente ainsi tour à tour un père de famille blanc et courageux luttant pour la sauvegarde de sa patrie, occultant de ce fait de la mémoire collective d’autres figures de cette guerre, comme celle des soldats venues des colonies, les fusillés pour l'exemple ou encore les victimes civiles d’une tentative d’extermination de type nouveau, celui des arméniens.

 

Car au sein d’un Empire ottoman persuadé que sa minorité arménienneconspirait pour le compte des armées russes et françaises, un massacre systématique s’organisa en 1915, au plus grand étonnement de la communauté internationale (63). Toutefois,la mémoire des horreurs et des souffrances de cette guerre moderne, amenèrent certaines localités à rajouter sur ces monuments commémoratifs l’expression d’un pacifisme renouvelé. La fin de ce conflit, ajouta donc aux cérémonies commémoratives officielles, les premiers travaux des historiens sur cette période douloureuse de l’Histoire de France (64). Toutefois pour la première fois, la mémoire de ce conflit joua un rôle prédominant dans les constructions idéologiques d’une Europe politique confrontée à l’importante crise de l’entre deux guerre.

 

2. b. L’évocation historique et mémorielle : Deux des armes politiques des idéologies totalitaires

 

En effet, l’Europe entière connait dans les années 20 et 30, une forte influence des nouvelles idéologies dans un monde politique en pleine mutation. Ainsi les doctrines d’hommes comme Lénine ou Mussolini eurent une influence considérable sur les mouvements politiques de l’entre-deux guerres. Les notions d’Histoire et de mémoires étaient en effet bien présent au sein de ces idéologies, que ce soit les rapports des soviets avec les révolutions antérieures, ou le culte dupassé et du chef dans les textes fascistes. Ces idéologies évoluèrent dans le cadre d’institutions politiques marquées par de profonds scandales financiers et de populations appauvrit par la crise économique de 1929. En France, l’émergence du modèle fasciste italien de Mussolini inspira la création du Faisceau de Georges Valois, issue d’une séparation avec l’Action française (65). En Allemagne l’importante crise économique aggrava une crise sociale qui se mua en un conflit entre les communistes (ou spartakistes) de Rosa Luxembourg et les Sections d’Assaut national socialistes d’Adolph Hitler. Ce dernier remporta d’ailleurs cette lutte ainsi que les élections en 1933, en jouant sur un passé mythifié d’une racearyenne supérieure, mais prétendument spoliée par le dictat du traité de Versailles et par un complot juif et communiste (66).


Exemple d'un usage de la mémoire sensible dans la propagande vichyste
Exemple d'un usage de la mémoire sensible dans la propagande vichyste

En France, cette radicalisation des groupes politiques nationalistes en ligues d’extrême droite, s’accompagnade manifestations violentes, (comme le 6 février 1934 ou lors de l’assassinat de Jean Jaurès), qui marqua lesdébuts d’une union antifasciste qui déboucha sur le gouvernement du Front Populaire de 1936 (67). Les recherches historiques et les mémoires diverses s’opposaient également au sein d’une société françaises aux idéologies très clivées. La guerre civile espagnole s’inscrivit dans le combat de ces idéologies bellicistes, à l’aube d’une seconde guerre mondiale que les nations européennes pacifistes redoutaient, de sorte qu’onconsidéra longtemps ce conflit comme une introduction la Seconde guerre mondiale (68).

 

Alors qu’en France, le Front populaire ne se résolut qu’à tolérer l’envoi de volontaires solidaires desrépublicains et des anarchistes espagnoles (au sein de brigades internationales), l’Allemagne remilitarisée sous le commandement d’Hitler, bombarda la ville espagnole de Guernica, rompant ainsi la neutralité des nations européennes concernant ce conflit. L’Allemagne nazie n’en était pas à son premier manquement aux règles internationales puisque son réarmement massif lui était normalement impossible par le traité de Versailles; toutefois, les gouvernements français et anglais ne voulurent pas s’engager dans une nouvelle guerre et préférèrent adopter une stratégie défensive, à l’image de la construction française de la Ligne Maginot.

 

Cette période de l’entre-deux-guerres fut donc profondément marquée par le développement de nouvelles idéologies, qui voient leurs discours se diriger vers des thématiques bellicistes (tant du point de vue social que de la race), basées sur l’usage d’une mémoire sensible et construite de toute pièce pour fédérer le plus grand nombre contre des minorités accusées de spoliations, de complots … De sorte que l’Histoire, enquête de vérité et d’analyses globales, se sépara durablement d’une mémoire sensible trop sujette à la manipulation politique. La Seconde Guerre mondiale instaura un autre moment clé de l’Histoire et des mémoires du XXe siècle ; en effet, les usages des constructions mémorielles s’inscrivirent dans une propagande des Etats tombés sous le joug de ces idéologies totalitaires.

 

En France, l’instauration du régime de Vichy sous l’autorité du Maréchal Pétain démontre bien cette utilisation de la mémoire dans le cadre d’une propagande xénophobe et d’un retour souhaité vers un ancien temps idéalisé. De la figure du Maréchal Pétain, héros de Verdun, à celle d’une société prétendument gangrénée par les juifs, les francs-maçons et les communistes, l’usage de la mémoire permit la réutilisation des thématiques de l’Action française dans le cadre d’une politique xénophobe, tendant cette fois à célébrer la collaboration avec une Allemagne victorieuse, occupant la moitié nord du pays.

 

Pour permettre de pallier à cette défaite, l’usage d’un retour aux valeurs traditionnelles, puisa ainsi largement dans un passé mémoriel sensible et mythifié du bon vieux temps des campagnes paisibles et patriotes. Cette collaboration avec le IIIe Reich d’Hitler consistait en une aide économique (notamment par le biais des STO) mais aussi de participation à la politique d’isolement puis d’extermination des populations jugées nuisibles par ces deux idéologies (les juifs, les opposants politiques, les tziganes, les homosexuels, les handicapés). Cette propagande passéiste n’empêcha pas l’Etat vichyste d’entreprendre certaines initiatives modernes, notamment au niveau économique, comme le souligna si bien Henri Rousso (69). Ce spécialiste du régime de Vichy étudia également les évolutions mémorielles de la France du général De Gaulle après la fin de la guerre, nous permettant par ce biais d’avoir une vision des rapports entre l’Histoire de la Seconde Guerre mondiale et la construction des mémoires dans l’Europe de l’après-guerre (70).


Exemple de la dénazification américaine
Exemple de la dénazification américaine

2. c. La Mémoire des résistances, des crimes et des souffrances : une barrière ouune aide précieuse pour l’Histoire ?

 

Si la Seconde guerre mondiale connut des temps fort, qui resteront pendant longtemps dans les mémoires, comme l’attaque de Pearl Harbor qui marqua l’entrée en guerre des Etats-Unis, ou comme le débarquement de Normandie (71), la découverte des camps (ou plutôt sa redécouverte dans le cadre du documentaire tournée à l’occasion des procès de Nuremberg) marqua durablement les esprits (72). L’opinion internationale fut désormais consciente des crimes du nazisme envers les minorités qu’ils avaient tentés d’exterminés. S’ouvre alors d’importantes entreprises mémorielles variant toutefois d’importance selon les pays.

 

Ce fut au sein d’une Allemagne occupée par les 4 puissances alliées, que les répressions des idées nazies furent les plus forte, toutefois les puissances victorieuses (les USA, l’URSS, le Royaume-Uni et la France) s’opposaient quant aux sources de l’idéologie nazie et la manière d’en finir à jamais avec celle-ci. S’opposa alors une école française plongeant dans sa mémoire historique, où le nazisme n’était que l’incarnation aigue d’un prussianisme remontant à l’époque de Bismarck, et une école anglaise qui considérait ce mouvement comme une maladie dont les éléments pathogènes étaient les élites politiques, tandis que l’URSS trouvait les causes de ce mal dans une dégénérescence des structures économiques et sociales du libéralisme. Malgré leurs oppositions, ces 4 puissances occupantes s’attachèrent à développer des solutions pour empêcher l’Allemagne et (dans une moindre mesure) l’Autriche de replonger dans cette idéologie (73). Ainsi, de l’épuration administrative des américains (74) à la tentative française de créer une Autricheindépendante culturellement et politique de l’Allemagne75, les solutions varièrent selon les périodes et les acteurs et les situations régionales.

 

Si l’Allemagne connut une politique de dénazification importante jusqu’à nos jours, allant même jusqu’à un important travail visible notamment à la lumière de la « querelle des historiens » des années 90 (76), d’autres pays alliés du IIIe Reich, comme le Japon, l’Italie ou la France, laissèrent libre cours à une épuration importante, encadrée (dans le cas du Japon par les autorités occupantes américaines) ou non encadrés (dans le cas des épurations extrajudiciaires de France et d’Italie).Toutefois cette subite entreprise de remplacement des institutions alliées au nazisme,fit rapidement place à une généralisation de l’oubli ou de la négation d’une importance quelconque de l’ancien régime réactionnaire. Cette pratique de l’oubli est particulièrement visible dans l’Italie post mussolinienne, qui fut longtemps considérée comme s’étant écroulé « comme un château de sable » quelques heures après l’arrestation du Duce, car ne reposant que sur une minorité au pouvoir, gérant le pays à la façon d’un « Dictateur d’opérette ». Les débats des historiens italiens se limitèrent donc jusqu’aux années 90 à la considération d’une nullité historique et politique de la période mussolinienne, malgré les témoignages des jeunes n’ayant connus que le régime fasciste et qui observaient les ressemblances entre celle-ci et un état démocratique italien imprégné d’héritage qui ne disait pas son nom.


Avec les développements de la photographie, la mémoire se fige sur la pellicule
Avec les développements de la photographie, la mémoire se fige sur la pellicule

Le Japon occupé par les troupes américaines de Mc Arthur, connut lui aussi une sorte de trauma, occultant la mémoire commune de ces crimes au cours de la Seconde guerre mondiale. Si l’attaque de Pearl Harbor fut bien reconnue par les autorités japonaises, le massacre de Nankin, qui reste encore actuellement le sujet d’opposition entre la Chine et le Japon. Du côté américain si les effets réels des bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki furent tardivement exprimés, il peut noter que cet événement reste profondément marquant pour les japonais. Un trouble d’autant plus important que l’empereur Hirohito à la tête de la collaboration avec le IIIe Reich échappa grâce à l’occupant américain au jugement comme criminel de guerre, ce qui aurait eu « un impact persistant et profondément distordant dans la compréhension des japonais à l'égard de la guerre perdue. » selon l’historien Herbert Bix (77).

 

Enfin, la France ne se distingua pas non plus par son rapport à la mémoire des crimes de l’état collaborationniste de Vichy, puisqu’à la suite aux troubles liés à la libération et aux vengeances extrajudiciaires, le gouvernement de la IVe République du général De Gaulle s’inscrit dans une union de la nation autour des valeurs de la Résistance. Cette usage prédominant de la glorification de la résistance, notamment par le biais de films (78) au dépend d’une condamnation des crimes de la collaboration amena le mythe trompeur d’une France entièrement résistante. Toutefois un peu plus d’un an seulement séparèrent la fin du deuxième conflit mondial et de la période des guerres d’indépendances des colonies des puissances occidentales.

 

De la guerre d’Indochine de 1946 à l’indépendance de l’Algérie le 5 juillet 1962, la France à peine remise de l’occupation dû faire face à deux guerres de décolonisation. Il est vrai que la nouvelle république du Général De Gaulle ne voulait en rien se séparer de ces colonies, ayant en partie servit à la résistance française,d’ailleurs la Constitution de la IVe République de 1946 instaura une « Union française » que les manuels scolaire de la métropole étudiaient avec raison comme une continuité de l’ancien Empire colonial. Il fallut attendre 1954 pour les propos caricaturaux de ces manuels soient remplacés et que des critiques vis-à-vis del’Empire colonial commence à se développer (79).

 

L’affrontement violent des qui opposa l’armée française aux indépendantistes du FLN, marqua durablement les esprits d’une génération encore soumise au service militaire. Ainsi en raison de l’éloignement peu important vis-à-vis de notre époque, les historiens ont encore beaucoup de mal à dépassionnés certains débats. D’autant plus que la guerre d’Algérie ne se limita pas à une lutte d’une armée contreune autre, mais bien d’une guérilla aux nombreuses victimes civiles, compliquée d’une tentative de coup d’état (provenant d’un groupe pro-Algérie française nommé : Organisation de l’Armée Secrète). Ce conflit sepassant sur un territoire considéré par les autorités comme un département français, étaient en plus constituée d’une armée composée en Algérie, surnommé « Harki », et de populations françaises installées en Algérie, dite « Pieds noirs », ce qui compliqua davantage la situation, et créa des mémoires propres à chacun de ces groupes (80). De sorte que cette époque tourmentée, arrivée presque immédiatement après la Seconde guerre mondiale, constitua la même parenthèse mémorielle que durant la Première guerre mondiale.

Affiche du Chagrin et la Pitié, un film pour rendre à la France la mémoire de ces années sombres
Affiche du Chagrin et la Pitié, un film pour rendre à la France la mémoire de ces années sombres

Ainsi après l’indépendance de l’Algérie et surtout après la contestation générationnelle et politique de mai 68, s’ouvrit un moment de construction mémorielle qui se développèrent en une vingtaine d’années les unes à la suite des autres, créant de ce fait une sorte concurrence entre elles vis-à-vis de leurs places dans les discours politiques, les manuels scolaires et même au sein d’une recherche historique bousculée dans salente digestion des événements. Ces mémoires se développant chronologiquement, la premières’intéressa aux crimes d’un régime de Vichy que la censure gaulliste etle doux mythe d’une France résistante ne pouvait plus occulté. Ainsil’Histoire de Vichy de Robert Aron (81), fit place dans les années 1970, à lasuite de l’édition de l’ouvrage de Robert Paxton et du film Le Chagrin etla Pitié (82), à une critique en règle de l’ensemble du régime vichyste. La reconnaissance de la participation de la France à la solution finale fut letemps d’un véritable Syndrome de Vichy (83) qui intervint en parallèled’une réaffirmation de l’importance d’un « devoir de mémoire »,notamment dans les écoles, afin d’inculquer aux jeunes générations les crimes qu’ils devront ne pas réitérés.

 

Toutefois la mémoire des crimes de la colonisation et de la décolonisation, n’intervint sur le devant de la scène publique française qu’à partir du XXIe siècle, malgré les travaux des historiens sur cette période historique. Ce retard s’explique en partie par la très forte médiatisation des autres commémorations officielles, passant notamment par l’organisation de centenaires. L’approche de ces rendez-vous officiels motiva la publication de nombreux ouvrages politiquement ou historiographique militants, comme ce fut le cas à l’approche du bicentenaire de la Révolution française (1989), pour les débats opposant l’école libérale de François Furet à l’école jacobine d’Albert Soboul. Ces querelles des historiens ne sont toutefois pas la seule marque de troubles gravitant autour de ces commémorations, car loin de réconcilier Histoire et mémoires, ces événements officiels sous l’égide de l’état furent également marqués par des revendications mémorielles et politiques prenant à témoin des historiens généralement peu friand des polémiques. Ces revendications mémorielles, témoignant d’un rapport sensible avec l’Histoire, sont souvent liées à un crime d’un état que celui-ci nie, occulte, ou minimise mais aussi à lacommémoration d’une grande figure Historiques sensée symboliser les valeurs d’un groupe. Si ce dernier type de commémorations est généralement toléré, le premiers’inscrit la plupart du temps dans une entreprise contre mémorielle vis-à-vis de l’Etat accusé de ce crime.

 

Le groupe de pression mémoriel, qu’il soit lui-même un Etat (comme la Chine et la pression exercée sur le Japon dans le cadre des crimes japonais de la Seconde guerre mondiale) ou un groupe associatif ou politique (comme les tentatives de reconnaissance de l’aspect « génocidaire » de la guerre de Vendée par des historiens et certaines personnalités politiques) demande généralement une reconnaissance publique de ce crime. Souvent associer en Occident à une forme repentance, la reconnaissance de ce crime s’associe souvent à un développement, (au sein des médias, des musées …), d’une large information sur cet événement historique, repris par la suite par les manuels scolaires, comme ce fut le cas du début des années 2000 à nos jours, pour les crimes de la colonisation et de l’esclavage (84). Toutefois cette multiplication des objets mémoriels au sein des cours d’Histoire depuis moins d’une vingtaine d’années, amena certains enseignants à se plaindre des difficultés liés à une difficile harmonisation pédagogique entre ces mémoires, ouvrant une sorte de concurrence des mémoires, contreproductive en cequi concerne l’unité des élèves autour d’un passé commun.

Conclusion : entre Histoire et mémoires, Un débat au coeur des rapports de nos sociétés au passé

 

Vous l’aurez compris, ce débat entre Histoire et mémoires est profondément inscrit dans l’Histoire contemporaine et donc pas les débats de nos sociétés actuelles, malgré l’usage répété de ces deux notions depuis l’Antiquité. De l’Histoire enquête d’Hérodote aux revendications mémorielles à la suite d’un conflit, s’inscrit une même quête contre l’oubli et une pédagogie du passé que l’on retrouve de l’Histoire de Michelet aux actuels manuels scolaires sur la guerre d’Algérie. Ainsi l’Histoire et les mémoires malgré une définition qui varie selon les pays et les époques se définissent avant tout par un certain degré de parenté. Cependant ces deux notions apparurent quelquefois en opposition, quand l’une servait à occulter l’autre, quand l’Histoire officielle marquée par une idéologie politique servait à masquer la mémoire de certaines populations, ou quand la mémoire d’un passé mythifié était utilisée comme le point d’ancrage d’une propagande. Ces unions et ces discordances clairement observables permettent aujourd’hui, via des études historiques sur les mémoires, d’étudier la façon dont les hommes et les femmes du passé pouvaient concevoir leurs passés. Ces quelques pages ne constituent en rien une étude complète de l’ensemble desrelations entre les façons d’écrire l’Histoire et les développements de sentiments mémoriels, mais plutôt une synthèse des évolutions de ces deux notions sur le temps long et plus particulièrement auniveau d’une période contemporaine qui occupe une place central dans l’actuel débat entre les historiens. Cet actuel débat constitue une des conséquences de ces frictions entre Histoire et mémoire, induite par la rapide prise d’importance de la mémoire au sein de l’opinion public, l’historien se retrouvant alors au centre de débats passionnés alors que son travail passe par une analyse neutre (dans les limites de ce qui est humainement possible) de son objet d’étude. Nous avons également vu que la mémoire, génèrent par le biais des commémorations et du devoir de mémoire, une certaine sensibilisation vis-vis de l’Histoire et que la multiplication des mémoires depuisla fin du XXe siècle à amener une certaine concurrence des mémoires contre-productives au sein des établissements scolaires. Tous ces éléments ajouter à une peur de voir leurs objets d’études être délaissé à la faveur des inspirations mémorielles, font que certains historiens se soit clairement positionnés contre la place prise par les mémoires de le giron des études historiques.Toutefois on doit admettre que selon les cas ce devoir de mémoire constitue également, pour les élèves,un apprentissage historique favorable à la construction d’un esprit critique et pour les étudiants en Histoire et pour les historiens un recueil de témoignages variés, passionnants (et quelque fois même vivants), utile à une meilleure connaissance historique si on en vérifie, par recoupement, l’exactitude historique. Ainsi, comme vous avez pu l’observer à travers cet article, les mémoires et leurs sauvegardes font parties intégrantes des constructions historiques, il apparait donc illusoire de condamner l’un sans tronquer l’autre, d’autant que ces deux notions font parties intégrante et enrichissent l’Histoire tel que nous la connaissons aujourd’hui, notamment par le biais des études récentes sur l’histoire de la mémoire.

 

Par Florent Coulon

Notes de bas de pages

 

- (1) : De nombreux lieux servent aujourd’hui de réceptacle aux souffrances humaines qui jalonnent notre Histoire, à ce titre on se doitd’évoquer l’analyse de Pierre Nora, Les lieux de mémoire, éditions Gallimard, Paris, 1997.

 

- (2) : Au moment où j’écris cet article, le dernier exemple de cette repentance officielle s’inscrit dans le discours du 18 octobre 2012 duprésident Hollande, même si son discours se refusait justement à la repentance mais exprimait plutôt à une reconnaissance des faits.Ce discours et la réaction de l’ancien ministre de la Défense face à la demande du gouvernement algérien de reconnaitre « les crimesperpétrés à leur encontre par le colonialisme français", éclaire bien à mon sens, combien le thème de la repentance semble sensiblede nos jours.

 

- (3) : Les exemples les plus parlants sont à prendre dans l’histoire récente du quinquennat Sarkozy, sa tentative de reconnaissance des« effets positifs de la colonisation », la lecture en classe de la lettre de Guy Môquet … Cette politique interventionniste vis-à-vis des questions de mémoire fut vivement critiquée par les historiens, notamment par Laurence De Cock, Fanny Madeline, NicolasOffenstadt et Sophie Wahnich, Comment Nicolas Sarkozy écrit l’histoire de France : dictionnaire critique, édition Agone, Paris, 2008.

 

- (4) : Ainsi un certain magazine à grand tirage, dont je me refuse à faire la publicité, faisait sa Une de décembre 2012 sur cette question,sous le titre « De quoi la France, doit-elle s’excuser ? », listant ainsi les épisodes les plus sanglants de l’Histoire de France etmanifestant par la même une certaine ironie quant aux discours mémoriels.

 

- (5) : Ainsi certains historiens, tel le médiéviste Jacques Heers, jugeaient la recherche historique manipulée, notamment par le biais desquestions de mémoires : « Ces tout derniers temps, l’Etat veut, en France, soumettre la démarche historique à une étroite surveillanceet laisse de moins en moins de liberté aux centres de recherche qui n’ont même plus le loisir de choisir en toute indépendance leurssujets d’enquête et leurs programmes » (Jacques Heers, L‘Histoire assassinée : Les pièges de la mémoire, Éditions de Paris, Paris,2005).

 

- (6) : L’un des historiens les plus connus de cette thématique est Pierre Nora et son livre en collaboration avec Charles-Robert Ageron,Les Lieux de mémoire (tome 1 à 3), éditions Gallimard, Paris, 1997.

 

- (7) : Pascal Blanchard et Isabelle Veyrat-Masson, Les Guerres de mémoires. La France et son histoire. Enjeux politiques, controverseshistoriques, stratégies médiatiques, Les Editions de l’Atelier, Paris, 2008.

 

- (8) : Marcus Tullius Cicero (dit Cicéron de nos jours), De legibus, (Tome I, 1ère partie, 5ème paragraphe :« QUINTUS. – Je te comprends, mon frère ; autres sont les lois de l'histoire, autres celles de la poésie.MARCUS. – Oui, parce que l'une a la vérité pour objet propre, tandis que l'autre veut surtout donner du plaisir. Et cependant il y ad'innombrables récits fabuleux dans Hérodote, le Père de l'Histoire, et aussi dans Théopompe. »

 

- (9) : Hérodote d'Halicarnasse, Histoire (Livre I Clio), Editions Charpentier, Paris, 1850.

 

- (10) : Thucydide, Histoire de la guerre du Péloponnèse, éditions Flammarion, Paris, 1993. Texte qui est d’ailleurs précédé d’un texte d'Albert Thibaudet sur la Première guerre mondiale, preuve qu’ici aussi « Histoire » et « mémoire » coïncident.

 

- (11) : Voir le compte-rendu internet de Max-Peter Gruenais. « Nicole Loraux : Thucydide n'est pas notre collègue », in Langage etsociété, 1982, vol. 22, n° 1, pp. 69-73.

 

- (12) : Marie Ledentu, Mémoire et écriture dans les préfaces des historiens romains, Paris, 2009, p 1 : traduction de la formule latine« gesta res ab aetatis nostrae memoria remota »

 

- (13) : Salluste, La conjuration de Catilina, éditeur A. Ernout, Paris, 1946.

 

- (14) : Tacite, OEuvres complètes de Tacite. (Traduction de Dureau de Lamalle), Garnier frères éditeur, Paris, 1900.

 

- (15) : Salluste, La conjuration de Catilina, (I, 3), éditeur A. Ernout, Paris, 1946, p. 55.

 

- (16) : Marie Ledentu, Mémoire et écriture dans les préfaces des historiens romains, Paris, 2009, p 10 : traduction de la formule latine : «Memoriam quoque ipsam cum uoce perdidissemus, si tam in nostra potestate esset obliuisci quam tacere ».

 

- (17) : Par le biais des redécouvertes successives et des copies de textes datant de l’Antiquité, les ouvrages tel le Catilina de Salluste eurent en effet un écho certain sur les intellectuels, notamment les chroniqueurs, au cours de ces périodes.

 

- (18) : Bernard Guenée. « Histoire, mémoire, écriture. Contribution à une étude des lieux communs », In: comptes rendus des séances del'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 127e année, N. 3, 1983. pp. 441-456.

 

- (19) : Sulpice Sévère, Vie de saint Martin (tome 1), éditions J. Fontaine, Paris, 1967, p. 250-252 : « perennem potius vitam quamperennem memoriam quaerere » (Le devoir de l'homme est de chercher à acquérir une vie immortelle plutôt qu'un souvenirimmortel).

 

- (20) : Bernard Guenée. « Histoire, mémoire, écriture. Contribution à une étude des lieux communs », In: Comptes rendus des séancesde l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 127e année, N. 3, 1983. p 444.

 

- (21) : On pense bien sûr aux exagérations mensongères d’Éginhard et sa Vie de Charlemagne, Editions Les Belles Lettres, Paris, 1994.

 

- (22) : Grégoire de Tours, Histoire des Francs, éditions Belles Lettres, Paris, 1995. Disponible également sur : remacle.org.

 

- (23) : Cette chronique d’Otton de Freising créa d’ailleurs le mythe du Prêtre Jean, roi des Indes (voir l’article de Martin Gosman. « Ottonde Freising et le Prêtre Jean ». In: Revue belge de philologie et d'histoire. Tome 61 fasc. 2, 1983. p. 270-285).

 

- (24) : Saint Augustin, La Cité de Dieu (tome 1 à 3), éditions Seuil, Paris, 2004.

 

- (25) : Faute de documentations (à ma connaissance) dans la langue de Molière vor la très intéressante thèse de Stéphanie Jean-Marie Guirardel sur ce sujet.

 

- (26) : Sixte de Bourbon, Le Traité d’Utrecht et les Lois fondamentales du royaume, éditeur Edouard et Honoré Champion, Paris, 1914.

 

- (27) : Barnavi Elie. « Mythes et réalité historique : le cas de la loi salique ». In: Histoire, économie et société. 1984, 3e année, n°3. p. 323-337.

 

- (28) : Etienne Pasquier, Les Recherches de la France, éditeur L. Sonnius, Paris, 1621.

 

- (29) : Nicolas Machiavel, Discours sur la première décade de Tite-Live, édition Gallimard, Paris, 2004.

 

- (30) : Yves Charles Zarka, Jean Bodin. Nature, histoire, droit et politique, éditions PUF, Paris, 1996.

 

- (31) : Fénelon, Les aventures de Télémaque, éditions Gallimard, Paris, 1995.

 

- (32) : Voltaire, Le Siècle de Louis XV, édition Le Livre de Poche, Paris, 2005.

 

- (33) : Edward Gibbon, Histoire du déclin et de la chute de l’Empire romain, éditions Robert Laffont, Paris, 2000.

 

- (34) : Henri de Boulainvilliers, Histoire de L'Ancien Gouvernement de La France, Editions Kessinger Publishing, Whitefish Montana(USA),2009.

 

- (35) : Alfred Bougeart, Marat, l'ami du peuple, éditions A. Lacroix, Verboeckhoven & cie, Paris, 1865.

 

- (36) : Pierre-Ambroise-François Choderlos de Laclos, Antoine de Rivarol, Honoré-Gabriel Riqueti comte de Mirabeau, les grandshommes du jour, éditeur inconnu, Paris, 1790.

 

- (37) : Edmund Burke, Réflexions sur la révolution de France, éditions Fayard, Paris, 2011.

 

- (38) : Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, éditeur P. Fauche, Hambourg, 1798.

 

- (39) : Jean-Marie Goulemot. « Notes sur la mémorisation de la Révolution française à la fin du dix-huitième siècle ». In: Romantisme,1986, n°51, p 17-22.

 

- (40) : Marie-Louise-Victoire de Donnissan marquise de La Rochejaquelein, la comtesse de Genlis, Prosper Brugière Baron de Barante,Collection des mémoires relatifs à la Révolution française, éditeurs Beaudouin frères, Paris, 1823.

 

- (41) : François-Auguste Alexis Mignet, Histoire de la Révolution française depuis 1789 jusqu'en 1814, F. Didot père et fils, Paris, 1824.

 

- (42) : L’ouvrage le plus connu de cet auteur est sans doute monumentale Histoire de France publiée de la moitié du XIXe siècle à nos jours : Jules Michelet, Histoire de France (Tome I à XVII), éditions Equateurs, Paris, 2009 (1ère édition 1833-1843).

 

- (43) : L’homme politique libéral Adolph Thiers, présent dès la Monarchie de Juillet jusqu’à la IIIe République, (dont il fut le deuxièmeprésident), écrivit en effet une Histoire de la Révolution en 10 volumes dans la ligne directe de son ami François Auguste Mignet.

 

- (44) : Gilles Candar, Sylvie Aprile, Jacqueline Lalouette, Frédéric Monier, Jean-Jacques Becker (dir), Histoire des gauches en France,éditions La Découverte, Paris, 2005.

 

- (45) : Pierre Milza, Napoléon III, Editions Perrin, Paris, 2004.

 

- (46) : Gustave Tridon, Les Hébertistes, la Commune de Paris de 1793 (2e édition), Edition inconnu, Bruxelles, 1871,

 

- (47) : Voir l’intéressant travail de Maurice Paz, Un révolutionnaire professionnel, Auguste Blanqui, Editions Fayard, Paris 1984.

 

- (48) : Voir Jacques Rougerie, Le Procès des communards, éditions Gallimard, Paris, 1973.

 

- (49) : Maxime Vuillaume, Mes cahiers rouges : souvenirs de la Commune, Editions la Découverte, Paris, 2011.

 

- (50) : Henry Morel, Le pilori des Communeux, Editions Lachaud, Paris, 1871.

 

- (51) : Pierre Huot (Abbé), Catilina et la Commune, Editions Aux Bureau de la France Nouvelle, Paris, 1872.

 

- (52) : Maxime Du Camp, Les convulsions de Paris (tome I à IV), Editions Hachette, Paris, 1878-1880

 

- (53) : Jules Andrieu, Notes pour servir à l’histoire de la Commune de 1871, Paris, Editions Payot, 1971.

 

- (54) : Prospère Olivier Lissagaray, Histoire de la Commune de 1871, Paris, Editions la Découverte, 2004

 

- (55) : Vladimir Ilitch Oulianov dit Lénine, OEuvres complètes (Tome XXIV), Editions Sociales, Paris, 1976 : « Certes, il est beaucoup plus facile de s’exclamer, d’injurier, de pousser les hauts cris, que d’essayer de raconter, d’expliquer, de rappeler la façon dont Marx et Engels ont analysé en 1871, 1872, 1875 l’expérience de la Commune de Paris et ce qu’ils ont dit de la nature de l’Etat qui estnécessaire au prolétariat.»

 

- (56) : Charles-Robert Ageron, Mona Ozouf, Pierre Nora, Les Lieux de mémoire (tome 1 à 3), éditions Gallimard, Paris, 1997.

 

- (57) : Duval Paul Marie. Pourquoi « nos ancêtres les Gaulois ». In: Travaux sur la Gaule (1946-1986). Rome : École Française de Rome,1989. pp. 199-217. (Publications de l'École française de Rome, 116)

 

- (58) : Augustine Fouillée (dit G. Bruno), Le Tour de la France par deux enfants, réédité aux éditions Tallandier, Paris, 2012.

 

- (59) : Philippe Levillain, « Pacifisme et bellicisme : le grand débat entre les gauches et les droites et le phénomène boulangiste. In : Opinion publique et politique extérieure en Europe (1870-1915). Actes du Colloque de Rome (13-16 février 1980). In Publications de l'École française de Rome, Rome, 1981. p 263-275.

 

- (60) : Vincent Duclert, « L’Affaire Dreyfus : de l’affrontement des mémoires à la reconnaissance de l’Histoire » in Pascal Blanchard etIsabelle Veyrat-Masson, Les guerres de mémoires, La France et son histoire. Enjeux politiques, controverses historiques, stratégiesmédiatiques, Les Editions de l’Atelier, Paris, 2008.

 

- (61) : Publié dans le Journal l’Aurore le 13 janvier 1898, l’article eut un tel retentissement, qu’il demeure encore de nos jours le principalsymbole de l’Affaire Dreyfus

 

- (62) : Michel Winock, Histoire de l'extrême droite en France, éditions du Seuil, Paris, 1993.

 

- (63) : Voir notamment le travail de Vahakn Dadrian, Histoire du génocide arménien, Editions Stock, Paris, 1996.

 

- (64) : Jean-Jacques Becker, « L’évolution de l’historiographie de la Première Guerre mondiale », in Revue historique des armées n°242,2006.

 

- (65) : Michel Winock, Histoire de l'extrême droite en France, éditions du Seuil, Paris, 1993.

 

- (66) : Gerd Krumeich, « La République de Weimar et le poids de la Grande Guerre la société, la guerre, la paix, 1911-1946 ». In: Histoire,économie et société n°2, 2004, p. 173-180.

 

- (67) : Michel Winock, ibid.

 

- (68) : Bartolomé Bennassar, La guerre d'Espagne et ses lendemains, Editions Perrin, Paris, 2004.

 

- (69) : Henri Rousso, Le régime de Vichy, Editions PUF, Paris, 2012.

 

- (70) : Maurice Agulhon, De Gaulle, histoire, symbole, mythe, Editions Plon, Paris, 2000.

 

- (71) : Henri Michel, La Seconde guerre mondiale, Editions Omnibus, Paris, 2001.

 

- (72) : Jean Marc Varaut, Le procès de Nuremberg, Edition Perrin, Paris, 1993.

 

- (73) : Éric Dussault « Politique culturelle et dénazification dans la zone d'occupation française en Autriche (Tyrol et Vorarlberg) et àVienne de 1945 à 1955 », Guerres mondiales et conflits contemporains 1/2006 (n° 221), p. 83-92.

 

- (74) : Joseph Rovan, Histoire de l'Allemagne, Editions Seuil, Paris, 1994.

 

- (75) : Paul Pasteur, Klaus Eisterer, « La présence française en Autriche (1945-1946). Occupation, dénazification, action culturelle », InRevue d'histoire du Vingtième Siècle, vol. 63, n° 1, 1999, p 177-179.

 

- (76) : Husson Edouard. « Les historiens et la mémoire du passé nazi en République Fédérale d'Allemagne ». In: Matériaux pour l'histoirede notre temps. 2002, N. 68. Historiens et usages publics du passé - Allemagne, Italie, Russie. pp. 14-19.

 

- (77) : Annie Vercoutter. « Herbert P. Bix. Hirohito and the Making of Modem Japan », Ebisu, 2000, vol. 24, n° 1, pp. 151-155.

 

- (78) : Lindeperg Sylvie. « La Résistance rejouée. Usages gaullistes du cinéma ». In: Politix. Vol. 6, N°24. Quatrième trimestre 1993. pp.134-152.

 

- (79) : Semidei Manuela. De l'Empire à la décolonisation à travers les manuels scolaires français. In: Revue française de science politique,16e année, n°1, 1966. pp. 56-86. D’ailleurs certains manuels scolaires d’avant les accords d’Evian auraient tout eut pour plaire auxmilitants des effets positifs de la colonisation.

 

- (80) : Mohammed Harbi, Benjamin Stora, La Guerre d'Algérie (1934-2004) : la fin de l'amnésie, Editions Robert Laffont, Paris, 2004.

 

- (81) : Robert Aron, Histoire De Vichy, éditions Fayard, Paris, 1956.

 

- (82) : Marcel Ophüls, Le Chagrin et la Pitié (film), date de sortie 1971.

 

- (83) : Henri Rousso, Le Syndrome de Vichy, Editions Seuil, Paris, 1990.

 

- (84) : Maryse Condé, Mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions, Comité pour la mémoire et l'histoire del'esclavage, Edition Ministère de l’Outre-Mer, Paris, 2005.

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