Fiche biographique : Mata-Hari espionne courtisane


MATA HARI : ESPIONNE COURTISANE

 

Vincennes, 15 juillet 1917 : la sulfureuse Margaretha Zelle s’effondre, sous les balles du peloton d’exécution. Bien que piètre espionne, sa mise à mort fait l’objet d’une grande médiatisation dans la France en guerre. Elle devient la victime expiatoire d’un pays démoralisé. Il semble dès lors intéressant de s’interroger sur l’utilisation de l’agent H21, en France pendant la Grande Guerre, plus considérée aujourd’hui comme une femme fatale qu’une véritable agent-double menaçante.

 

1. La place des femmes dans la France de la Grande guerre :

 

Faisons tout d’abord une brève mise au point sur la place des femmes pendant la Grande Guerre (1). La mobilisation est générale et permet aux françaises de montrer qu’elles sont capables d’exercer tout type de métier. Il ne s’agit cependant pas de penser que le travail des femmes naît pendant la guerre puisqu’auparavant, elles représentent près de 36,7 % de la population active. Infirmières, marraines de guerre, les tâches qui leur sont attribuées étaient considérées comme le prolongement de leur « rôle féminin ». Mais elles remplacent aussi les hommes mobilisés tant et si bien que le travail des femmes se trouva en plein essor, notamment avec la participation de certaines aux activités industrielles, comme les « munitionnettes », bien qu’on les retrouva dans beaucoup d’autres secteurs comme dans les établissements masculins secondaires. C’est aussi pendant la Grande Guerre qu’émergent de nouveaux mouvements féministes (2) qui se rapprochent du pouvoir public, sans pour autant voir leurs demandes aboutir, l’heureétant à la guerre. Et c’est dans ce contexte, que quelques-unes se mettent au service d’un pays pour soutirer des informations à d’autres. Mata Hari, d’origine hollandaise, agent double en Allemagne et en France, reste de nos jours l’exemple le plus connu de cet engagement des femmes dans le cadre de l’espionnage de la Première guerre mondiale. Nombreux sont les historiens ou les journalistes qui se demandèrent pourquoi des faits si minimes ont engendré de telles conséquences (3).


Mata Hari, exécutant des danses brahmaniques au musée Guimet, mars 1905.
Mata Hari, exécutant des danses brahmaniques au musée Guimet, mars 1905.

II. La vie tumultueuse d’une Espionne en devenir :

 

Née en 1876 à Leeuwarden, aux Pays-Bas, dans une famille aisée, M’greet se distingue rapidement des autres élèves de son école huppée. A 14 ans, elle est en effet renvoyée, accusée d’avoir entretenue une liaison peu platonique avec son directeur. En 1889, sa famille connaît les revers de la fortune et l’année suivante, ses parents se séparent. C’est à 18 ans, en 1895, qu’elle rencontre un officier de la marine néerlandaise : Rudolphe Mac Leod, en répondant à une annonce dans un journal de La Haye. « Officier en permission servant aux Indes néerlandaises désirerai rencontrer jeune fille caractère agréable en vue mariage ». Mariagefait, avant d’apparence et de sécurité, le couple part pour Java. M’greet s’y confronte pour la première fois à la culture javanaise. En 1902, Margaretha voyage à Paris, et commence pas à pas à se construire un passé exotique. Loin de son mari, resté comme chef de garnison à Java, elle demande le divorce et en profite pour se faire entretenir par bon nombre d’hommes. C’est surtout avec la proposition d’Ernest Molier en 1905 que le mythe Mata Hari commence réellement à prendre forme. Elle accepte de se produire comme danseuse dénudée. Elle se fait alors connaître par tout le Paris mondain et rencontre Emile Guimet, alors propriétaire du musée orientaliste Guimet en 1905. Elle se produit sous le nom de Mata Hari, « oeil de jour » en malais (danseuse qui se prétend indienne, affublée d’un nom malais tout de même). Inspirant l’exotisme, le mystère, la sensualité, son spectacle aux incantations au Dieu Shiva est un véritable succès. Tour à tour petite-fille d’un prince javanais, femme d’un descendant d’un antique clan écossais, elle joue de son physique typé qui a pour elle de n’être semblable enrien à une Hollandaise lambda. Dès 1914, sa réputation est faite et les tournées semultiplient : Londres, Madrid, Egypte…


Exécution de Mata-Hari, photo du film de 1920 de Ludwig Wolff L’espionne Mata-Hari
Exécution de Mata-Hari, photo du film de 1920 de Ludwig Wolff L’espionne Mata-Hari

III. Espionne mythique, espionne d’opérette (4)

 

C’est en 1915 que Carl Kramer, alors conseiller général d’Allemagne à Amsterdam, prend contact avec elle. Il voit en elle l’espionne idéale, pouvant user de ses charmes pour extorquer des informations, et pouvant franchir aisément les frontières car neutre. Dès décembre 1915, lecapitaine Georges Ladoux des services secrets français est chargé de la surveiller… Elle quitte alors Paris pour les Pays-Bas, sans information gagnée auprès d’un quelconque général. A son retour en France, son palmarès grandit : quatre officiers anglais, deux Irlandais, cinq Français, mais aucune information de grande importance recueillie. En juin 1916, Georges Ladoux la contacte et fait d’elle un agent français, chose qu’elle accepte pour la somme d’un million de francs (qui ne lui fut jamais versée) (5).

 

Mata Hari est désormais agent double,secret avoué sur l’oreiller à un major allemand en Espagne. C’est ce même homme, Arnold Kalle qui mentionne l’agent H21 dans un télégramme envoyé à Berlin, dans un code déchiffré des Français. En janvier de l’année suivante, Mata Hari est arrêtée à son retour en France. La salle de son procès réunit nombreux de ses amants : le procureur, l’avocat, les témoins demoralité. Les passions se déchainent, elle est jugée coupable et la plus grave sentence lui est réservée. Elle est exécutée le 15 juillet 1917. Après la Première guerre mondiale, l’Affaire Mata-Hari passionna les curieux et les historiens. Sa sentence fut jugée abusive de l’avis même du procureur Mornet, chargé du procès (6),ce qui permit à de nombreuses parutions de conclure qu’elle fut le bouc émissaire de la France démoralisée de 1917 (7). En effet lors de cette année marquée par les échecs militaires et les mutineries, l’exécution de Mata Hari fut l’une des occasions prise par l’armée pour démontrer sa fermeté face au crime de trahison. Les faits furent ainsi instrumentalisés pour que ce jugement soit perçu comme indispensable pour remobiliser le pays. Toutefois, les enquêtes des historiens et des journalistes, puis les exagérations du cinéma rendront hommage après la Grande Guerre à l'une des figures les plus connues de l’espionnage européen représentant en outre une de ses icones de la femme fatale.

 

Par Rosa Mellino.


Notes de bas de pages : 

 

- (1) : Christine Bard, Les femmes dans la société française au 20ème siècle, éditions Armand Colin, Paris, (3ème édition), 2004, Chapitre 1 : Les effets de la Grande Guerre.

 

- (2) : Voir notamment l’ouvrage de Françoise Thébaud. Histoire des femmes, (Tome 5, Le XXe siècle), Editions Plon, Paris, 1992.

 

- (3) : Lionel Dumarcet, Grands Procès : L’Affaire Mata Hari, Histoire, 2ème édition, 2006.

 

- (4) : Jean-Yves Le Naour, « Mata Hari, l’espionne d’opérette », in Historia, Novembre-Décembre 2012, n°8.

 

- (5) : Fred Kupferman, Mata Hari : songes et mensonges, éditions Complexe, Paris, 2005.

 

- (6) : Le Journaliste Alain Decaux fit témoigner le procureur Mornet en charge de l’affaire dans le cadre de son ouvrage Les Nouveaux dossiers secretsde l'Histoire, Editions Perrin, Paris, 1966.

 

- (7) : Jean-Marc Loubier, Mata Hari la sacrifiée, éditions Acrople, Paris 2000.

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